• "Mon petit esprit de Noël,,

    [voici ma participation pour le concours d'écriture de Woutiou ! C'est pas du grand art mais j'aime à peu près, par passages. Hope you will enyoy ~]

    24 décembre 2012. Il neige, sur Paris. Les flocons virevoltent dans le ciel, bal de givre étincelant et somptueux. Tous les passants s’arrêtent, admirent la neige, reprennent leur chemin, la tête en l’air, une expression rêveuse collée au visage. Mais une frêle silhouette, encapuchonnée dans sa veste d’un gris chiné, se distingue de cet amas de gens heureux. Ses cheveux, mèches platine et raides, dépassent de sa capuche. Son menton est rentré ; son dos courbé. En cet instant précis, elle doute que le sort puisse s’acharner sur elle plus que ce n’est déjà le cas.

    Elle marche. Son regard est perdu dans le vide. A plusieurs reprises elle trébuche sur le verglas glacé, manque de s’étaler au sol, d’entrainer dans sa chute quiconque passant près d’elle. A plusieurs reprises elle se relève, respire un bon coup, reprend sa route. La flamme dans ses yeux, d’ordinaire si vive, est à présent éteinte. Elle n’est plus que l’ombre d’elle-même. Mais elle continue à marcher. Quand enfin se dresse devant elle la clinique, elle pousse nonchalamment la porte et rentre. Au moins, à l’intérieur, elle n’a plus à souffrir de la température glaciale de cette presque fin de décembre. Pourtant…Ici, les souvenirs lui reviennent, tous plus douloureux. Elle ferme les yeux, un instant. Non. Elle n’a pas le droit. Le moindre signe de faiblesse…Elle doit le chasser. Tout comme elle doit chasser cette larme qui coule à présent le long de sa joue.

    Elle monte.

    L’escalier est blanc. Mais pas du blanc qu’a revêtu la neige à Paris –un blanc terne dont la teinte se rapproche plus du jaune. Non. L’escalier, lui, est d’un blanc pur, étincelant. D’un blanc qui lui pique les yeux. Elle a l’habitude, pourtant : depuis une semaine, jour pour jour, elle passe ici tous les jours, après les cours. Mais aujourd’hui, c’est différent. Elle avance toujours. Et quand finalement elle arrive à la porte de la chambre 231, elle hésite avant de finalement rentrer.

    « Salut, grand frère, lance-t-elle.

    Mais elle obtient pour seule réponse les respirations régulières de son ainé. Elle s’assoit à son chevet et entreprend d’attendre son réveil, même si au fond elle sait que ce n’est une illusion. Elle patiente. Dix minutes. Une heure. Une heure et demie. Soudain, une infirmière déboule dans la pièce. « Rentrez chez vous, mademoiselle, il va bientôt faire nuit. Il n’y a presque aucune chance pour qu’il se réveille maintenant. » « Mais ça serait un beau cadeau de Noël, non ? » La pointe d’espoir qui perce dans la voix de la jeune fille arrache un sourire à l’infirmière. Sourire où se mêlent compassion, culpabilité de ne rien pouvoir faire, mais aussi cette envie de laisser espérer une adolescente. Parce que tout n’est peut être pas encore perdu.

    Mais quand la jeune fille sort de la pièce et renfonce ses mains dans ses poches, ce n’est plus ce qu’elle pense. Elle a abandonné le masque de celle qui gardait le sourire envers et contre tout pour reprendre son vrai visage : celui d’une fille qui veut juste qu’on la laisse pleurer en paix. Elle se met à courir. Elle veut plus que tout sortir de cet hôpital.

    Elle n’ose même pas s’arrêter, de peur de ne pas réussir à reprendre son chemin après, de peur de s’écrouler. Premier étage. Plus que trente sept marches à descendre. Et déjà les souvenirs refluent, mots gravés à l’encre indélébile dans sa mémoire.

    Une fête chez des amis. Il l’avait insultée. Une broutille, le genre de chose qui leur arrivait tous les deux jours. Il était bourré. Pas elle. Elle aurait du compatir, le laisser monter dans la voiture au moment de retourner à la maison. Au lieu de ça, elle lui avait dit d’aller se faire foutre et de rentrer à pied. Que c’était sa voiture à elle, et que lui n’avait qu’à avoir pris la sienne. Mais à cause d’elle, il s’était fait renverser par un chauffard, ivre également. « Votre frère est dans le coma, mademoiselle. ». Les mots se mélangeaient dans sa tête, se mêlant à ses cris de désespoir.

    Tout était de sa faute à elle.

    Les larmes noient son visage. Ses cheveux voilent son regard. Ses jambes ne peuvent plus supporter son poids. « Pourquoi nous ? » Elle se laisse glisser au sol, dans la cage d’escalier, ne se sentant plus la force de résister, son corps secoués de tremblements irréguliers et incessants. Elle ne remarque même pas le sapin à côté duquel elle s’est involontairement avachie. Un sapin semblable à ceux qui ornaient les maisons en cette période de Noël, mais qui a l’avantage, outre d’être de plus petite taille, un sapin naturel, et non artificiel.

      « Pourquoi tu pleures ?

    La jeune fille relève le visage entre deux sanglots. Elle croit d’abord que c’était l’arbre de Noël qui a parlé. Puis elle se rend compte avec soulagement que la petite voix fluette vient en fait d’une fillette à moitié cachée derrière le sapin. Elle tente de calmer le rythme de ses pleurs pour lui répondre.

      « Parce que…parce que mon frère est à l’hôpital…

    Tout en lui répondant, l’adolescente observe la petite fille à la dérobée. Elle doit avoir environ sept ans, des cheveux bruns et soyeux attachés en une tresse qui lui descend en dessous des épaules, le crâne recouvert par un bonnet en laine et des yeux gris qui la fixent intensément. Quand elle reprend la parole, c’est d’une voix insouciante et assurée:

      -C’est triste ! Moi je viens de sortir, mais ma maman elle devait venir me chercher aujourd’hui et elle est pas venue parce qu’elle a pas pu à cause de son nouveau mari donc je suis toute seule et les infirmiers ils veulent pas me laisser sortir du coup je me suis échappée pour pouvoir fêter Noël parce que la nourriture de l’hôpital elle est pas bonne et…

    Soudain, la petite brune semble réaliser quelque chose.

      -Au fait, tu t’appelle comment ? Diiis !

      -Lisa, murmure l’ainée, que la plus jeune réussit à faire sourire grâce à son blablatage.

      -Moi, c’est Alice ! Dis, tu veux bien passer le réveillon avec moi ?

    La plus âgée pèse le pour et le contre. Après tout, pourquoi pas ? Elle ne va pas passer la soirée de Noël à se morfondre toute seule chez elle, et dîner avec ses parents lui semble être le pire des supplices, puisque ça lui rappellerait à coup sûr les soirées des années précédentes avec son frère. Non, passer sa soirée avec cette petite lui semble vraiment être la meilleure des possibilités. Et puis, ça ferait toujours plaisir à quelqu’un. La jeune fille sèche ses larmes et se redresse. Elle tente de sourire à la petite.

      -D’accord, Alice. Mais c’est toi qui choisis où on va ! La soirée qui suivit resta gravée dans sa mémoire. Des éclats de rire, des batailles de boule de neige, un passage rapide à la patinoire, encore des éclats de rire. Un repas dans un bar du coin, une virée shopping de dernière minute sur le marché de Noël de la place, encore ouvert en cette veille de Noël. Puis minuit approche. Des confidences sur leurs vies, pas toujours roses. Un verre de champagne pour l’ainée, juste une gorgée pour la cadette. Car pour n’importe quel passant, c’est ce qu’étaient les deux filles. Deux sœurs, plus proches que jamais.

     

     

    25 décembre 2012. Il est tôt. Six heures, pas plus. Le silence règne dans la clinique parisienne. Assise sur un siège de la salle d’attente, au rez de chaussée, Lisa vient de se réveiller. Elle se lève, croise son reflet dans une glace, peste intérieurement contre ses yeux bouffis. Elle se dirige à la réception. L’infirmière qui s’en occupe est une connaissance, dans le sens où elle a l’habitude de la voir quand elle vient rendre visite à son frère.

      -Votre frère est sorti du coma ce matin, mademoiselle ! Il va encore rester un peu ici pour se remettre de ce qui lui est arrivé, mais d’ici une semaine il pourra sortir.

    De nouveau, la jeune fille sent les larmes dégouliner le long de sa joue – des larmes de bonheur, cette fois-ci.

      -Je peux..lui rendre visite ?

    La réceptionniste affiche un air désapprobateur. Ce qui ne l’empêche de répondre un « oui » chuchoté à l’adolescente.

      -Merci !

    Elle s’élance au pas de course dans l’escalier, et l’infirmière se surprend à se demander pourquoi donc elle a bien pu donner son accord à la jeune fille. Mais au dernier moment, avant de disparaître dans la cage d’escalier, celle-ci se retourne et lance :

      -Au fait, comment va Alice ? La petite de la chambre 302, brune, avec une tresse, là…

    L’infirmière sourit.

      -Elle était guérie, ses parents sont venus la chercher ce matin. Elle était crevée, la petiote ! Je sais pas comment ça se fait, elle a passé la soirée dans sa chambre à regarder la TV pourtant…

    L’adolescente lance un rapide « merci » avant de reprendre sa course. Au fond, elle est un peu déçue de se dire qu’elle ne reverra certainement jamais Alice. Mais n’est-ce pas la magie de Noël ? Oui, après tout, Alice était son petit esprit de Noël, celle qui lui avait redonné le goût de la vie en une soirée magique. N’aurait-il pas était inapproprié de l’avoir auprès d’elle toute l’année ? Tout en poussant la porte de la chambre 231, elle  se surprit à sourire. Tout irait bien, maintenant.


  • Commentaires

    1
    ♥Sora-Chan♥
    Vendredi 14 Décembre 2012 à 18:01

    uahhh

    2
    Samedi 15 Décembre 2012 à 16:02

    C'est beau **

    Tu vas gagner Melo, hein ! T'es obligée !

    3
    Samedi 15 Décembre 2012 à 22:44

    Merci beaucoup vous deux ♥

    J'aimerais bien, Shiw, j'aimerais bien :p

    4
    Cloudy Profil de Cloudy
    Mercredi 19 Décembre 2012 à 18:03

    C'est tellement magnifiquement bien écrit que je suis sûre de perdre! :'D C'est une histoire super bien écrite, un très très beau scénario, et p****n! Quel talent! Moi j'dis, les mains dans les poches la Melo'! :) Je te félicite!

    • Nom / Pseudo :

      E-mail (facultatif) :

      Site Web (facultatif) :

      Commentaire :


    5
    Lundi 24 Décembre 2012 à 13:55

    Merci merci, ça me touche trop ton avis là **

    Mais ton texte est génial aussi, je ne pense pas que tu perdes :)

    (c'est dur de répondre à un commentaire comme le tien, mais ça m'a fait super plaisir de lire ton avis, donc merci :3)

    6
    Cloudy Profil de Cloudy
    Lundi 24 Décembre 2012 à 14:21

    Je comprends que ce soit dur de répondre ;)

    7
    Cloudy Profil de Cloudy
    Mardi 5 Mars 2013 à 09:04

    J'ai relu ton texte.. *____* Je ne change pas d'avis. Tout simplement superbe.

    8
    Dimanche 10 Mars 2013 à 12:06

    Merci, c'est trop gentil ♥

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :